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Tué lors d’une marche en RD-Congo, Rossy Mukendi Tshimanga était un catholique engagé

mercredi 28 février 2018

Dimanche 25 février, la troisième marche des catholiques de RD Congo contre le pouvoir de Joseph Kabila a fait deux morts et plusieurs blessés, selon un bilan provisoire.
Parmi ces victimes, Rossy Mukendi Tshimanga, catholique engagé dans sa paroisse et activiste dans un mouvement civil.

D’après Urbi & Orbi, Africa, 27 février 2018

Rossy, le drapeau de la RD Congo autour du cou, juste avant la marche. Photo : D. R.

« Il tentait de fermer le portail de la paroisse quand on a tiré sur lui, à bout portant », explique Arsène Tshimanga, d’une voix brisée. « Les policiers avaient commencé à jeter des bombes lacrymogènes dans la paroisse. Ils voulaient même s’y introduire. Rossy essayait de sauver les autres marcheurs en fermant ce portail ».
Arsène est le frère de Rossy Mukendi Tshimanga, 36 ans, un activiste qui a trouvé la mort, dimanche 25 février, en marge de la troisième marche de protestation des catholiques congolais contre le régime de Joseph Kabila.
Depuis le 31 décembre 2017, le Comité laïc de coordination (CLC), un collectif de catholiques congolais, organise de grandes mobilisations qui ont comme point de ralliement les paroisses. À travers ces marches, le CLC exige que des élections transparentes soient organisées et que Joseph Kabila renonce à s’y présenter.

Collectif 2016
Plusieurs mouvements citoyens soutiennent ces marches du Comité laïc de coordination. Parmi ceux-ci, le Collectif 2016 dirigé par Rossy Mukendi Tshimanga. Créé fin 2016 à la fin du dernier mandat légal de Joseph Kabila, ce mouvement exige le respect de la Constitution et la démission de Joseph Kabila.
Rossy était également l’un des référents du Comité laïc de coordination (CLC) à la paroisse Saint-Adrien de Kinshasa.
La semaine de sa mort, il avait participé à plusieurs réunions de préparation de la marche du 25 février, raconte Ben José Luendu, coordonnateur principal du mouvement Engagement citoyen pour le changement (ECCHA) et ami de Rossy.
« C’était un de nos points focaux », confirme Jonas Tshiombela, membre du CLC. « Un jeune activiste plein d’avenir », renchérit Léonie Kandolo, porte-parole du CLC qui dénonce le comportement inhumain des autorités congolaises.
À Saint-Andrien, sa paroisse, il est décrit par le curé, le P. Blaise Munzoyi comme un chrétien pratiquant et engagé dans les activités paroissiales. « Il s’est marié ici », précise le curé.
Sur la page Facebook de Rossy, un message presque prémonitoire a été posté au lendemain de la deuxième marche des catholiques le 21 janvier. « Nous allons colorer le sol congolais rouge de notre sang, pourvu que nos enfants ne vivent esclaves demain dans leur propre pays. Quand la mort viendra, je partirai, fier d’avoir défendu un idéal juste et légitime », écrivait-il dans un visuel avec, en arrière-plan, le drapeau congolais.

Interpellé par les forces de l’ordre
L’activiste avait été interpellé par les forces de l’ordre lors de précédentes manifestations. « Il a été plusieurs fois approché par la police et le parti présidentiel qui voulaient qu’il collabore avec eux », soutient Ben José Luendu.
Assistant au département des relations internationales de l’Université pédagogique nationale (UPN) de Kinshasa, chercheur à l’Institut Panafricain des relations internationales et stratégiques (IPRIS), Rossy Mukendi Tshimanga était également champion de RD Congo et d’Afrique en jiu-jitsu, un art martial.
Les nombreuses réactions qu’a provoquées sa mort ont contraint la police à s’expliquer. Dans un communiqué publié lundi 26 février, celle-ci a soutenu que l’activiste était un « fauteur de trouble » et qu’il a été mortellement blessé par une balle en caoutchouc tiré par un policier pour protéger sa supérieure hiérarchique contre une « foule hostile ».
La police a néanmoins procédé à l’arrestation du policier incriminé.
Par ailleurs, à Mbandaka, ville du nord-ouest de la RD Congo, un autre policier a été condamné mardi 27 février « à la prison à perpétuité » pour avoir tué un manifestant anti-Kabila.


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