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RD-Congo. Un an de tension entre l’Église et le pouvoir

mercredi 3 janvier 2018

Le 31 décembre 2016, sous l’égide de l’Église congolaise, le parti au pouvoir et l’opposition signaient un accord dit de la Saint-Sylvestre, évitant au pays de sombrer dans le chaos.
Le 31 décembre 2017, après plusieurs violations de cet accord, des catholiques ont organisé des manifestations violemment réprimées par les forces de l’ordre.
Retour sur une année de tension entre l’Église congolaise et le pouvoir.

D’après Urbi & Orbi Africa, 2 janvier 2018.



Le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Mgr Marcel Utembi, et les autres évêques, annoncent l’accord intervenu entre l’opposition, le gouvernement et la société civile, le 31 décembre 2016 à Kinshasa. Photo : AFP. Junior D. Kannah



Le 31 décembre 2016, grâce à la médiation de la Conférence épiscopale nationale de la RD Congo (Cenco), le pouvoir et l’opposition signaient un accord dit de la Saint-Sylvestre.
Cet accord mettait fin à plusieurs semaines de manifestation de l’opposition qui réclamait le départ du président sortant, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001. Arrivé au terme de son second mandat en décembre 2016, ce dernier s’était maintenu au pouvoir, repoussant sans cesse la date des prochaines élections.
L’accord de la Saint-Sylvestre, prévoyait, entre autres dispositions, l’organisation de l’élection présidentielle avant le 31 décembre 2017. Un an plus tard, celle-ci n’a pas eu lieu et des manifestations de catholiques ont été réprimées par les forces de l’ordre faisant une dizaine de morts et plusieurs centaines de blessés.
Entre ces deux Saint-Sylvestre, les relations entre l’Église congolaise et le pouvoir ont été des plus tendues.

Violations de l’accord de la Saint-Sylvestre
En juin 2017, six mois après la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre, le pouvoir congolais fait volte-face, jugeant l’organisation d’élections avant le 31 décembre 2017 « irréaliste ». Le 26 juin, à la suite d’une déclaration de la Cenco qui dénonce l’instabilité due à la non-organisation d’élections, le président Kabila s’en prend violemment aux évêques qu’il accuse de vouloir « créer le désordre ».
En octobre 2017, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) annonce qu’elle n’a pas encore bouclé les opérations d’enregistrement des électeurs dans le fichier électoral et que les élections ne pourront pas avoir lieu avant 2019.
Le 5 novembre, sous la double pression des États-Unis et de la Cenco qui exigent la tenue d’élections en 2018, cette commission fixe la date des élections présidentielles au 23 décembre 2018.
Du 22 au 24 novembre, après leur Assemblée plénière, les évêques congolais appellent le pouvoir et la commission électorale au respect strict des dispositions de l’accord de la Saint-Sylvestre. Ils exigent également du président Kabila qu’il ne se présente pas aux élections présidentielles du 23 décembre 2018. « Monsieur le président de la République, nous vous exhortons à rassurer l’opinion – par une déclaration publique – que vous ne serez pas candidat à votre propre succession. Nous sommes convaincus que cela contribuerait à l’apaisement des tensions politiques », lit solennellement le P. Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco, au nom des évêques.

Manifestation pacifique de catholiques à Kinshasa.
Photo : AFP. John Wessels

L’appel du Comité Laïc de coordination
Le 2 décembre, la tension monte d’un cran. Le Comité laïque de coordination (CLC) invite les catholiques à sortir de leur « léthargie » pour exiger le respect de l’accord. « Il est temps qu’on se prenne en charge réellement, il est temps qu’on se pose les vraies questions, et il est temps qu’on se donne la vraie formation pour que nous puissions nous mettre debout », martèle le professeur Thierry Nlandu Mayamba, au nom du comité. Ces laïcs appellent, par ailleurs, à des actions d’éclat à l’occasion de l’anniversaire de l’accord de la Saint-Sylvestre. « Il nous faut marquer ce 31 décembre pour que les autres comprennent que nous ne sommes pas prêts à accepter n’importe quoi. »
Le 5 décembre, les doyens de l’archidiocèse de Kinshasa demandent aux curés « tous les jeudis à partir du 14 décembre 2017, à sonner les cloches à 21 heures pendant une quinzaine de minutes ». Ils invitent « les fidèles et la population en général à accompagner les cloches par toute sorte de clameur et de vacarme : taper sur des casseroles, des coups de sifflet et de vuvuzela, des klaxons ».
Le 27 décembre, le P. Vincent Tshomba, responsable du collège des doyens de Kinshasa, est entendu par la justice congolaise, accusé de « tapage nocturne » par un parti politique proche du pouvoir, l’Union nationale des nationalistes (Unana).

Manifestation de Congolais à Bruxelles, en Belgique.
Photo : D. R.

La répression
Dimanche 31 décembre, l’anniversaire de la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre est célébré dans la violence. Les manifestations pacifiques des catholiques – interdites par les autorités administratives – sont réprimées dans le sang. Au moins 8 personnes sont tuées, des centaines d’autres arrêtées. « C’était extrêmement tendu dimanche », témoigne un prêtre de Kinshasa sous couvert d’anonymat. « La police s’est placée à l’entrée de notre paroisse pour empêcher la messe mais les fidèles l’ont affrontée. La messe a eu lieu avec une heure de retard après de violents affrontements. C’était le cas un peu partout à Kinshasa. »
Lundi 1er janvier, la Cenco dénonce la répression subie par l’Église. « C’est la première fois que des lieux de culte sont attaqués alors que des gens s’y trouvent pour prier ! Et il faut remonter à 1992 pour voir ainsi une marche de chrétiens réprimée dans la rue et l’arrestation de prêtres », s’indigne le P. Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale.

Au moins deux chrétiens ont été tués dans la répression des marches anti-Kabila par les forces de sécurité de République démocratique du Congo (RDC). L’appel de l’Organisation des Nations-unies (ONU) au respect du droit à manifester a été ignorée par les forces de sécurité de la République démocratique du Congo (RDC) qui ont violemment réprimé les marches des chrétiens contre le maintien du président Joseph Kabila ce dimanche 31 décembre 2017. Les autorités congolaises ont déployé de gros moyens pour empêcher des marches anti-Kabila. En plus de la coupure internet et du déploiement des barrages policiers, les forces de sécurité n’ont pas hésité à faire irruption en pleine prière. Alors que les chrétiens étaient en train de prier dans une église de Bandalungwa, dans le centre de Kinshasa, “les policiers et les militaires et les policiers sont entrés dans l’enceinte du bâtiment et ont tiré des gaz lacrymogènes dans l’église”, a déclaré un membre de cette église. Deux chrétiens ont été tués dans une église de Matete, dans le sud de la ville de Kinshasa. Le colonel Pierrot Rombaut-Mwanamputu, porte-parole de la police congolaise, a reconnu lors d’une intervention à la télévision publique que les deux jeunes chrétiens ont été “tués à la paroisse Saint-Alphonse de Matete”. Le bilan provisoire de la répression des marches anti-Kabila est d’au moins 5 morts, dont deux chrétiens, et des dizaines de Blessés.

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