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Regain de violence en Centrafrique

mercredi 24 mai 2017

Un missionnaire centrafricain est visiblement inquiet de la situation qui s’est subitement tendue dans le sud-est de la République centrafricaine, son propre pays. Il devait s’y rendre pour visiter des confrères mais a été empêché à cause du regain de violence. Il a cependant réussi à les contacter et ils lui ont confié que l’heure était grave pour des milliers de gens qui n’en peuvent plus de la violence et de la mort. Il livre son témoignage et celui des prêtres avec qui il a pu établir un contact.

La République centrafricaine est un pays enclavé.

Je me permets de vous partager quelques nouvelles de la situation de trouble qui prévaut au Sud-Est de la République centrafricaine depuis quelques jours. Il y a recrudescence de la violence à Alindao, Bangassou et Mobaye. Une coalition de groupes armés non identifiés a pris d’assaut, dans un premier temps, la localité d’Alindao et, par la suite, les environs de Bangassou, depuis le 8 mai 2017. Depuis hier soir, c’est la panique générale à Mobaye !

Avant de devenir cardinal,
Mgr Dieudonné Nzapalainga célèbre le sacrement de la confirmation
dans un village.



DIOCÈSE DE BANGASSOU :
À Niakari : en provenance de Bakouma et d’autres localités, des hommes armés se sont arrêtés quelques jours à Niakari (à 15 km de Bangassou). Les prêtres sont restés jusqu’à mardi dernier avant de se retirer. Ils étaient les seuls et derniers remparts, les facilitateurs pour alléger la souffrance des gens dans ce nouveau contexte où se déplacer devient un risque. Les prêtres m’ont raconté : « Des assaillants sont arrivés de Bakouma. Ils se sont mis aux trousses du maire et du député ainsi que des complices des Séléka. La population a pris peur et s’est réfugiée à la paroisse. Nous n’avons pas les moyens de les prendre complètement en charge. L’évêque est descendu à Niakari pour dialoguer avec ces hommes armés mais il n’y a pas eu grand changement. Sur le conseil de l’évêque, nous avons dû repartir sur Bangassou car la situation devient inquiétante.

Le bac qui permet, en temps normal, de traverser la Mbari, à Niakari.



La MINUSCA (Mission des Nations-unies en Centrafrique) ne peut en aucun cas avoir accès à Niakari. Le pont sur la Mbari est bloqué, ainsi que le bac. Avec beaucoup de regret et un pincement au cœur, nous avons dû quitter Niakari mardi dernier laissant les visages qui comptaient sur nous. Dimanche dernier, aucun prêtre n’a pu célébrer l’Eucharistie à Niakari. Impossible d’y remettre les pieds. Un catéchiste a fait la célébration de la Parole de Dieu. L’Archevêque de Bangui, Dieudonné Cardinal Nzapailainga, en tournée dans la région, a tenté une médiation qui n’a pas abouti. »

Patrouille de la Minusca dans les rues de Bangassou.



À Bangassou : C’est le samedi 13 mai à 1 heure du matin que les hommes armés sont entrés à Bangassou, chef-lieu de Mbomou, localité jusque-là presque épargnée de la grande violence. Ils se disent des « auto-défenses » qui comptent éradiquer les Séléka d’Ali Darras dans toute la préfecture de Mbomou et de Haut-Mbomou. Sur la route de Rafaï, un affrontement était signalé entre eux et le contingent marocain des Nations-unies. Cinq soldats ont perdu la vie avec des blessés. Aucun bilan du côté des assaillants. Ensuite, le quartier musulman de Tokoyo et la base de la MINUSCA ont été pris d’assaut au même moment. Des échanges de tirs ont été entendus dans la ville presque toute la journée. Il y a eu un mouvement important de la population vers l’évêché et vers l’autre rive au Congo démocratique où l’on annonce un foyer d’Ébola plus proche. Un « ledger » (site des déplacés. Expression utilisée à cet effet depuis le début de cette crise en Centrafrique) s’est créé spontanément à l’évêché. Les lignes téléphoniques sont coupées. Après plusieurs tentatives, j’ai quand même réussi à joindre des prêtres. C’est un « ouf » de soulagement. Ils se portent bien et sont regroupés à Bangassou. Voici ce qu’ils me rapportaient ce matin : « Il y a eu plusieurs morts, et du côté des assaillants et des musulmans de Tokoyo. Après un temps de médiation, un calme fragile s’est installé dans la ville. Un couloir humanitaire a été obtenu. Ce qui a permis la sortie de la population de Tokoyo. En majorité femmes et enfants. On a du mal à établir un bilan juste pour le moment. Mais on peut estimer à plus de 40 morts recensés. La Croix Rouge et les Médecins Sans Frontière essaient de ramasser les cadavres et les blessés comme ils pouvaient. Un désastre humanitaire s’installe : manque d’eau, de vivres et de médicaments. La communauté s’est jointe aux efforts de l’évêché. Deux prêtres sont engagés dans la distribution du peu à partager. Mais ils sont dépassés par l’ampleur de la situation. L’avion humanitaire qui était annoncé depuis mardi n’arrive toujours pas. Quant à nos populations de Niakari, isolées à l’heure actuelle, nous n’avons pas de nouvelles. Que Dieu les protège ! » Aux dernières nouvelles, les groupes armés se sont retirés de la ville. Un calme précaire s’est installé. Mais la situation humanitaire devient dégradante.

DIOCÈSE D’ALINDAO :

Une clinique de brousse dans le village de Mingala, diocèse d’Alindao.



Localité de Niakari : C’est ici que le chef des groupes armés de Bambari, Ali Darras, s’était retiré après la pression de la communauté Internationale et des Séléka « Goula » du Nord en coalition avec les Anti-Balaka. Il y a déjà une semaine, des combats les ont opposés. Des armes lourdes se sont fait entendre des journées entières. Avec, à la clé, des morts dont on ne connait pas encore le bilan. La population d’Alindao s’est refugiées à la cathédrale créant le même scénario comme partout ailleurs. Situation humanitaire dégradante. Une médiation avait été engagée sous les hospices de l’Église catholique, la MINUSCA et Ali Darras (Séléka). « Ali Darras » demande que la population regagne les quartiers. Ainsi, lui pourrait assurer leur protection. Mais Mgr Nestor YPAUPA, l’évêque du Diocèse d’Alindao, mesurant le degré de l’insécurité s’y est opposé. Il leur faut une assistance humanitaire d’urgence.

Une école maternelle dans le village de Mingala, diocèse d’Alindao.



Ville de Mobaye : C’est le dernier Bastion des Ex-Séléka, dit-on. Depuis hier, mercredi 17 mai 2017, toute la population est sur la sellette. Des bruits d’armes lourdes se sont fait entendre à moins de 20 Km de Mobaye. Ce matin, j’ai réussi à avoir les prêtres par téléphone qui me disaient ceci : «  La ville de Mobaye s’est complètement vidée. Il y a un grand mouvement vers l’autre rive au Congo démocratique. Des centaines de personnes se sont rassemblées spontanément à la paroisse. C’est la panique générale ! Nous sommes allés signaler ce fait au contingent mauritanien de la MINUSCA pour espérer une éventuelle protection mais rien jusque-là ! Il y a un risque d’un grand affrontement à Mobaye ! Nous ne pouvons pas partir. Nous restons aux côtés du peuple qui a énormément besoin de nous. Mais nous craignons le risque d’une situation humanitaire dégradante. »

Chers(e)s ami(e)s, voici la situation telle que vécue aujourd’hui dans le sud-est de la République centrafricaine. Vous comprenez avec moi que le temps est grave ! Les prêtres témoignent tous d’un attachement pour leurs paroisses. Nous les portons dans nos prières. Demain, vendredi 19 mai, nous proposons des intentions de prière pendant nos célébrations eucharistiques pour les communautés de Bangassou et de Mobaye. Afin que la PAIX revienne dans ces localités.

Les armoiries de la Centrafrique
et sa devise : unité, dignité, travail.

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