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Mère Marie-Catherine Kingbo. À l’écoute des imams nigériens

jeudi 7 septembre 2017

Mère Marie Catherine Kingbo, fondatrice de la Fraternité des Servantes du Christ, est passée, ces jours derniers, dans les bureaux d’Aide aux Églises d’Afrique. Elle œuvre pour le dialogue interreligieux au Niger.

« Fais connaître mon vrai visage à nos frères musulmans ». C’est en 2006 que Mère Marie-Catherine Kingbo entend, à 53 ans, « cet appel du Christ » à partir fonder une congrégation religieuse au Niger. Onze ans après la création de la Fraternité des Servantes du Christ, installée à Maradi, au sud du pays, elle continue d’y œuvrer quotidiennement pour l’éducation des enfants, la formation des femmes et le dialogue interreligieux, auprès d’une population à 98 % musulmane.

« Une famille œcuménique »
Ce besoin de rapprocher les religions, Mère Marie-Catherine le puise dans son enfance. Née en 1953 à Guinguinéo, au Sénégal, « dans une famille œcuménique » – son père, d’origine béninoise, et ses sept frères sont protestants, sa mère et ses quatre sœurs sont catholiques –, elle se réjouit d’avoir reçu « une éducation exemplaire ». « Mes parents, très pratiquants, nous ont montré que nous pouvions vivre harmonieusement dans la diversité ethnique, religieuse et culturelle. »
Pourtant, quand elle a, à 20 ans, « le déclic de la vocation », l’incitant à quitter son métier de secrétaire, son père mettra quatre ans avant de « lui donner sa bénédiction ». En 1976, elle entre à Dakar chez les Sœurs des Filles du Saint-Cœur de Marie (FSCM), dont elle prendra la tête trois années après avoir prononcé ses vœux perpétuels, en 1985.
Jusqu’en 2000, celle qui est aussi devenue présidente de la Conférence des Supérieures majeures du Sénégal insuffle « un élan missionnaire à la communauté en l’ouvrant à d’autres Églises », au Tchad, au Niger et en Centrafrique. « Tout n’a pas toujours été rose », concède-t-elle, en évoquant « certains clivages ethniques entre des Sœurs du Nord et du Sud ».

Une nouvelle mission au Niger
En 2001, épuisée à la fin de son mandat, elle vient se ressourcer en France. Au Centre Sèvres, elle suit une formation dispensée par un jésuite, « Théologie comparée, christianisme et islam ». C’est là qu’elle comprend que Dieu l’appelle dans une nouvelle mission, au Niger, et quitte sa congrégation, avec l’aval de sa Mère supérieure.
« Voilà 11 ans que je suis venue du Sénégal pour aider la population nigérienne, comme Dieu me l’avait demandé. Alors que je suivais un cours sur l’Islam, j’ai compris comment les musulmans voyaient le Christ. Pas comme le fils de Dieu mort sur la croix et ressuscité mais comme un simple prophète. J’ai été bouleversée parce qu’ils ne connaissaient pas ce Dieu amour et bonté. Alors j’ai été comme interpelée par le Christ : "Pars au Niger" ».
« En 2006, je suis partie pour ma nouvelle mission, accompagnée d’une jeune postulante sénégalaise et nous avons fondé la première congrégation religieuse autochtone la "Fraternité des Servantes du Christ", avec l’accord de l’évêque. L’objectif était de manifester le visage de tendresse du Seigneur, pas d’obliger les musulmans à devenir chrétiens. Certaines fillettes étaient données en mariage dès l’âge de 11-12 ans et certaines en mouraient en donnant naissance à leur premier enfant. Nous avons commencé à organiser des sessions de formation pour les mamans, les jeunes filles, les chefs des villages, les jeunes garçons, les imams.
En 2007, la première session des imams et des chefs de village a regroupé 24 participants. C’était incroyable ; on n’imaginait pas que de telles personnalités répondent à l’appel d’une femme, religieuse et étrangère ! Le plus marquant, c’est quand je leur ai posé la question :
"Vous n’êtes pas gênés qu’une religieuse étrangère et catholique, bouscule les mentalités ?" L’un d’eux m’a fait une réponse surprenante et encourageante : "Ce qui nous réunit, ce n’est ni la religion, ni l’ethnie, mais l’amour." Là, il ne le savait pas, mais il parlait déjà de Dieu.
Venues d’horizons divers : du Bénin, du Burkina Faso, du Niger, du Sénégal et du Tchad, nous avons tout quitté pour révéler le vrai visage du Seigneur qui n’est qu’AMOUR. Nous puisons notre force dans ces paroles du Christ :
"Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde." »
Avec les 20 religieuses et novices qui composent aujourd’hui la Fraternité des Servantes du Christ et le soutien de Mgr Ambroise Ouédraogo, évêque de Maradi, Mère Marie-Catherine sillonne près de 120 villages de la région, à la rencontre de musulmans qu’elle invite à des sessions de formation, d’éducation et de sensibilisation contre le fléau du mariage précoce. « Certaines fillettes sont mariées dès l’âge de 9 ans », déplore-t-elle, les yeux humides. « Mais grâce à Dieu, nous arrivons peu à peu à faire changer les mentalités »
Sa foi inébranlable lui a valu le respect des imams locaux et des chefs de village. «  Ensemble, nous essayons de restaurer la paix », explique-t-elle. Un travail rendu difficile ces dernières années par Boko Haram et la montée des intégrismes.
« On nous a déjà jeté des pierres pendant les vêpres », condamne-t-elle, désormais protégée par la police. Malgré tout, Mère Marie-Catherine reste confiante. Et appelle, par-dessus tout, les chrétiens du pays « à ne pas baisser les bras ».

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