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Mali. Sœur Gloria Cecilia Narváez Argoti encore en vie ?

mercredi 2 août 2017

La branche d’Al-Qaïda au Mali a publié, le samedi 1er juillet, une vidéo de six otages étrangers, dont la religieuse colombienne, Sr Gloria Cecilia Narváez Argoti.

La vidéo montrant six otages étrangers, publiée le 1er juillet par le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans », une branche d’Al-Qaïda au Mali, présente la religieuse colombienne Franciscaine de Marie Immaculée, Sr Gloria Cecilia Narvaez Argoti, enlevée en février 2017 au Mali.

La religieuse a été enlevée dans le mardi 7 février vers 21 heures à la paroisse de Karangasso, dans le sud-est du Mali. Les ravisseurs, armés, sont partis avec elle dans un véhicule de la Congrégation religieuse.

Voici le témoignage de Sœur Claudia Natalia Vera Espinosa, également stationnée à la mission de Karangasso (Mali) :
« À environ 21h30, Sœur Gloria Cecilia, Sœur Sofia et moi-même nous sommes réunies dans la salle de récréation du couvent. Pendant ce temps, Sœur Adélaïde était dans la chapelle. Quand nous avons entendu les chiens aboyer dans le couloir, je suis allée voir ce qui se passait. Quatre hommes, vêtus de vêtements civils, sont apparus. Trois d’entre eux étaient jeunes et portaient des fusils. Le quatrième, la cinquantaine, était armé d’une machette. Le dernier conduisait le groupe et les chiens voulaient l’attaquer. Mais, il se défendait à la machette contre l’un des chiens. J’ai alors crié : "S’il vous plaît ne nous faites rien !". Les hommes m’ont ramenée dans la pièce et m’ont dit de m’asseoir. Juste à ce moment, j’ai entendu une porte claquer. Sœur Sofia avait réussi à s’enfermer dans sa chambre avec une clef. Et, alors que les hommes tentaient d’enfoncer sa porte, elle s’est réfugiée sous le lit en demandant de l’aide. Peu après, j’ai entendu le cri de Sœur Gloria Cecilia. Les hommes l’ont arrêtée et forcée à rentrer dans la pièce. Elle s’est assise et les a priés de ne rien faire aux Sœurs en leur déclarant qu’elles s’occupaient des enfants orphelins, qu’elles étaient des missionnaires colombiennes et qu’elles n’avaient pas d’argent. Les hommes ont déclaré qu’ils étaient djihadistes, bien que personne n’ait encore revendiqué la responsabilité de l’enlèvement. C’est alors que le dialogue suivant s’est instauré entre le leader djihadiste et Sœur Gloria Cecilia :

— Le djihadiste : "
Au moins l’une d’entre vous viendra avec moi."
— Sœur Gloria Cecilia : "
Moi. Je suis l’aînée."
— Le djihadiste : "
Et qui est la chef ou la supérieure ?"
— Sœur Gloria Cecilia : "
C’est moi !"
— Le djihadiste : "
Combien vous payez pour sa liberté ?" (Il faisait référence à moi, Sœur Claudia)
Après un silence tendu, l’homme a ordonné à l’un des autres hommes armés d’accompagner Sœur Gloria Cecilia et de récupérer son passeport. Elle est revenue, quelques instants plus tard, avec son portefeuille.
— Le djihadiste : "
Donne-moi l’argent."
— Sœur Gloria Cécilia : "
Je n’ai que ce qui est dans le portefeuille" (30.000 francs CFA, [environ 43 €])
— Le djihadiste : "
Et où est le coffre-fort ?"
— Sœur Gloria Cécilia : "
Nous n’avons pas d’argent."
Puis le même homme m’a alors ordonné d’aller chercher mon passeport à mon tour. Un autre homme armé m’a escortée dans ma chambre. J’ai pris le portefeuille avec mes documents (passeport, carte de citoyenneté colombienne, carte de vaccination, etc.) et suis retournée dans la salle de loisirs. Après m’avoir retiré mes papiers, ils m’ont emmenée dans une autre pièce et j’ai été surveillée par un homme armé. De la pièce où j’étais, j’entendais un homme demander à Sœur Gloria Cecilia les clés de la voiture. Puis, j’ai entendu la voiture sortir du garage. À ce moment, l’homme qui donnait les ordres est venu à moi et m’a dit de rester dans cette pièce pendant au moins trois heures. Ils m’ont enfermée. De la chambre, j’ai entendu un grand coup, comme s’ils avaient enfoncé la porte de l’entrée de la maison. Puis, j’ai entendu des cris, mais je n’ai pas compris ce qu’ils disaient. Quand on m’a délivrée de la pièce où j’étais enfermée, Sœur Gloria Cécilia avait disparue
"  »

« Sœur Gloria Cecilia a été apparemment enlevée par un groupe qui s’intitule Front de libération Macina. C’est un groupe rebelle qui existe au Mali et est répertorié comme terroriste », a déclaré, jeudi 20 avril, le général Fernando Murillo, directeur de la Direction anti-enlèvement et anti-extorsion de la police nationale colombienne.
Le problème est que, depuis l’enlèvement de la religieuse colombienne, le 7 février, «  aucun groupe n’a revendiqué le rapt, ni demandé de rançon », a poursuivi le général Murillo, précisant qu’il n’est pas clair « s’il s’agit d’un enlèvement pour l’argent (…) ou politique, ou d’un autre type ».
Après l’enlèvement, « la Conférence épiscopale du Mali a mis sur pied un plan d’urgence sur l’ensemble du territoire national consistant à diffuser sur tous les médias un message plaidant en faveur de la libération de Sœur Gloria Cecilia Narváez Argoti », a expliqué le P. Alexis Dembele, responsable de la Commission de formation de la Conférence épiscopale du Mali et doyen du département de communication à l’université catholique d’Afrique de l’Ouest.
Le général Murillo a ajouté qu’un groupe de la Direction anti-enlèvement est chargé de l’affaire, avec un émissaire sur place, mais que les autorités craignent qu’« il soit attenté à la vie de la Sœur ».
La supérieure de la Congrégation, Sœur Noemi Quesada, partage cette crainte : « On ne nous a rien dit, nous ne savons même pas ce qu’ils veulent. »
« En tant que Congrégation, nous rendons un service humanitaire, social, dans les missions d’Afrique et, dans le cas d’un enlèvement contre rançon, nous n’avons absolument pas de quoi payer », a-t-elle déclaré.
Le ministère des Affaires étrangères colombien a précisé, cette semaine, que les trois autres religieuses présentes au moment du rapt « sont en sécurité et ont été transférées de Karangasso à une autre région, sur ordre de l’évêque ».

L’association Aide aux Églises d’Afrique, qui avait répondu favorablement à un appel au soutien financier pour la campagne d’information lancée par la Conférence épiscopale du Mali-Niger, renouvelle son soutien fraternel à l’Église du Mali, ainsi qu’à toutes les Sœurs de la communauté de Sœur Gloria Cecilia Narváez Argoti, et prie pour qu’elle – et tous les autres otages – puissent retrouver le plus tôt possible leur liberté.

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