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Le secret

mercredi 21 février 2018

Il y a très longtemps, un vieux cultivateur voulut savoir ce que feraient ses enfants de leur vie. Un soir il les réunit et leur demanda quels étaient leurs projets.
L’aîné déclara : «  Je veux faire le même métier que toi. Je veux nourrir la population et sauvegarder la nature.  » Le père, enchanté, lui offrit des champs et fit des prières pour la réussite de son entreprise.
Le cadet dit à son père : «  Je veux faire du commerce et voyager à travers le monde. J’aime le contact avec les gens et j’ai envie d’apprendre d’autres langues, de découvrir des cultures et des civilisations différentes.  » Le vieux cultivateur, comblé, lui donna un cheval, bénit son fils et le conseilla longuement.
Le benjamin, à la surprise générale, déclara : «  Moi, je vais mentir tout le temps pour exploiter la crédulité de ceux qui me feront confiance. Je mentirai pour vivre et m’enrichir.  » Le père ne réussit pas à le faire changer d’avis.
Le cultivateur et le commerçant réussirent leur vie.
Quant au benjamin, il acheta une trompe de bois et se rendit dans une ville en deuil. Il fut hébergé par une vieille femme. Remarquant l’instrument, elle lui expliqua qu’il ne fallait pas en jouer car l’héritier du roi venait de mourir. Elle ajouta : «  Le souverain est prêt à donner beaucoup d’or et de pierres précieuses à qui lui rendra son fils. Toutes les fêtes et réjouissances sont désormais interdites tant que le prince restera au pays des morts. Voilà pourquoi la ville est si triste.  » Le menteur s’esclaffa et dit à haute voix à la femme : «  Peux-tu confirmer la promesse du roi ?  »
Les voisins, alertés par ces éclats de rire, se précipitèrent chez la vieille femme. Elle répéta ses paroles. Toute l’assistance approuva et confirma ses dires. Resté seul avec la vieille femme, le menteur l’interrogea longuement sur la famille royale. Puis il déclara : «  Madame, allez dire au roi que votre hôte peut ressusciter son fils. Qu’il prépare les cadeaux promis et qu’il fixe le jour où je réaliserai le miracle.  »
La vieille femme prit le chemin du palais royal. Elle n’en croyait pas ses oreilles. En courant comme une jeune fille, elle franchit la porte du palais sans que les gardes puissent l’arrêter et fit irruption dans la chambre du roi, fort surpris de cette intrusion. La vieille femme lui annonça : «  Roi, tu peux sécher tes larmes. Je ne suis ni folle ni mythomane. Je loge un étranger qui se dit capable de ramener le prince à la vie.  » Aussitôt, le roi réunit la cour et ordonna au chef des guerriers d’aller chercher l’étranger qui déclara qu’une belle cérémonie devrait avoir lieu au cimetière pour la réalisation du miracle.
Le jour venu, le roi, la cour et toute la population se rendirent au cimetière. Sur la tombe du prince, le menteur se mit à psalmodier des paroles incompréhensibles et à agiter une queue de buffle. Subitement il demanda au roi : «  Connais-tu Koli, Yoro, Guedel et Djadji ? – Oui, répondit le roi. Je les connais.  » Alors le menteur lui confia : «  Je réaliserai cinq miracles au lieu d’un seul. Le prince ne veut revenir au monde des vivants que s’il est accompagné de son grand-père Koli et de ses oncles Yoro, Guedel et Djadji.  » Le roi réfléchit un instant et parla discrètement à son conseiller principal. Puis il demanda à la foule de se disperser. Il se tourna vers l’étranger et lui dit : «  Laisse le prince royal et sa famille reposer en paix. Tu recevras ta récompense et je te prendrai comme conseiller.  »
Personne ne comprit la décision du roi de renoncer au retour du prince. Mais le roi avait un secret : il avait empoisonné son père et ses frères aînés pour accéder au pouvoir rapidement. La réapparition de ces hommes lui aurait posé un sérieux problème. La vieille femme était au courant de toutes ces affaires de famille. Elle avait renseigné l’étranger qui avait ainsi préparé soigneusement son imposture. En échange, elle eut une part importante des cadeaux reçus par le menteur. L’attitude du roi resta énigmatique pour le peuple.
Mais tout le monde se réjouit de pouvoir revivre normalement et de retrouver les plaisirs de la fête. Quant au menteur, resterait-il longtemps en vie, dès lors qu’il avait découvert le secret du roi ?



C’est de là que le conte partit pour de nouvelles migrations…

Mille ans de contes, Afrique, de Souleymane Mbodj. Éd. Milan jeunesse

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