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Le pape François à la FAO : conflits et changements climatiques, obstacles à la lutte contre la faim

mercredi 25 octobre 2017

Lors de sa visite à la FAO,
le pape François s’entretient
avec M. José Graziano da Silva,
Directeur général de la FAO
à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation.





Le Pape François s’est rendu, le lundi 16 octobre 2017, au siège de la FAO à Rome à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, sur le thème « Changeons l’avenir des migrations : investissons dans la sécurité alimentaire et le développement rural ». Pour la première fois, le Saint-Père a assisté en personne à la cérémonie d’ouverture de cet évènement. Dans son discours, il a appelé à un changement de comportement face aux conflits et aux changements climatiques, obstacles au combat contre la faim dans le monde.


D’après Radio Vatican, 16 octobre 2017

« La réalité d’aujourd’hui exige une plus grande responsabilité à tous les niveaux, pas seulement pour garantir la production nécessaire ou l’égale distribution des fruits de la terre, mais surtout pour protéger le droit de chaque être humain à pouvoir se nourrir en fonction de ses propres besoins, en participant aussi aux décisions qui le concernent et à la réalisation de ses propres aspirations, sans devoir se séparer de ses proches  ».
Avec un tel objectif, c’est la crédibilité du système international dans son ensemble qui est en jeu. Le premier appel du pape est lancé, pour cette Journée mondiale de l’alimentation. Le premier pas c’est celui de la responsabilité face au combat contre la faim.

Ces 4 pays, Nigeria, Sud-Soudan, Somalie et Yémen,
connaissent des situations de conflits
qui ne font qu’aggraver les problèmes de nutrition
et font peser le danger de la famine pour des milliers de personnes.



Un combat rendu difficile par deux obstacles : à la fois « par les conflits et par les changements climatiques ». Ces conflits d’abord, dénonce le pape, non seulement, ils auraient pu être évités ou stoppés grâce au droit international mais, pour la population, quand ils durent depuis des décennies, ces conflits « propagent leurs effets désastreux comme l’insécurité alimentaire et les déplacements forcés ». La solution, dit le Saint-Père, c’est le désarmement global et systématique. « À quoi bon dénoncer les conflits qui affame des millions de personnes, si on n’agit pas efficacement pour la paix et le désarmement ? ». « La diplomatie nous a déjà démontré que c’est possible de mettre fin aux armes de destruction massive  » a tenu à rappeler le pape.

Les changements climatiques responsables de la faim


La deuxième cause de malnutrition dans le monde, c’est le climat et ses changements, poursuit François. Mais, grâce à la science et aux instruments juridiques élaborés par la communauté internationale, « nous savons comment affronter  » les conséquences de ces changements, estime le pape. L’Accord de Paris en est un exemple. « Certains [pays] s’en sont pourtant éloignés » a-t-il déploré, alors qu’un « consensus concret et actif  » de tous est nécessaire pour changer de style de vie, d’utilisation des ressources, des critères de productions, afin d’éviter que « les effets les plus tragiques continuent à accabler les personnes les plus pauvres et vulnérables  ».
Conséquence des conflits et du changement climatique, « la faim n’est pas une maladie incurable », a insisté fermement le pape François à la FAO. Car « si on travaille en étant attentif aux besoins, sans spéculation, les résultats sont là  ». Face à ce constat, le Saint-Père appelle donc à un changement de cap : rendre les fruits de la terre disponible à tous, et non réduire le nombre de bouches à nourrir. « Réduire est facile, partager demande une conversion, et ça c’est un défi.  »

Tabitha Nyawich Kong avec sa fille et quelques animaux faméliques
à Nyal, au Soudan du Sud.
Après avoir été chassée de chez elle par les combats,
elle s’est d’abord réfugiée dans un vaste marais, puis à Nyal.
« La plupart de nos bêtes sont mortes en route, explique-t-elle,
précisant qu’elle fuit les combats pour la deuxième fois.
Je pense que, cette fois-ci, je ne rentrerai pas tant que je n’aurai pas la certitude
que tout va bien depuis suffisamment longtemps. » (Oxfam)


L’amour, principe d’humanité


Le pape a ainsi invité à introduire le mot « amour  » dans le langage de la coopération internationale. Car l’amour, « décliné en gratuité, parité, solidarité, culture du don, fraternité et miséricorde  », sont les paroles qui expriment « le contenu même du mot humanitaire  », tant utilisé dans les activités internationales. C’est un principe évangélique commun à tant de cultures et de religions qui doit devenir « un principe d’humanité dans le langage des relations internationales  ».
Le Saint-Père appelle donc la diplomatie à « organiser cette capacité d’aimer, afin de garantir la sécurité alimentaire et la sécurité humaine de façon globale  ». Car, à l’inverse de la pitié qui se limite à l’aide d’urgence, « l’amour inspire la justice et est essentiel pour réaliser un ordre social juste entre des réalités diverses qui veulent courir le risque de la rencontre réciproque  ». Aimer, souligne François, c’est aussi contribuer « afin que chaque pays augmente sa propre production et atteigne l’autosuffisance alimentaire  ».
Il appelle donc à « une application cohérente du principe d’humanité  » par la diplomatie afin que la mobilité humaine soit gérée par « des accords imprégnés d’amour et d’intelligence  ». Car l’objectif, c’est « l’union et le dialogue, non l’exclusion et la vulnérabilité  ». L’exclusion, qui concerne notamment les migrants, qui crient leur faim et leur misère. C’est une « demande de justice et pas une supplique ou un appel d’urgence », insiste le pape. « Un plus ample et sincère dialogue est donc nécessaire à tous les niveaux pour faire ressortir des solutions  ». Car « il n’est pas légal de soustraire des terres cultivables à la population  » pour les laisser à des groupes réduits de la population, favorisant la corruption.
Applaudi par un public debout, le pape François a conclu son discours devant la FAO en assurant de la participation de l’Église à cet effort pour « affronter les besoins des plus pauvres  » et préserver le bien de la famille humaine.

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