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La jeunesse au cœur des priorités de l’Union africaine. Chiche !

jeudi 13 juillet 2017

L’Union africaine (UA) avait fait de 2016 l’année des droits humains pour commémorer le 35e anniversaire de l’adoption de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples (1981). La rhétorique et les efforts de communication de l’Union africaine ne sauraient occulter la réalité vécue par des millions de citoyens africains.


(Article de "Tournons la page")

La jeunesse sénégalaise manifeste pour plus de démocratie dans le pays.




Tout au long de l’année 2016, les droits humains ont été largement bafoués dans le cadre des processus électoraux au Congo-Brazzaville, au Tchad, à Djibouti ou au Gabon, sans compter le cas du report sine die de l’élection présidentielle en RD Congo. Pour rester indéfiniment au pouvoir, les autocrates africains manient avec dextérité des outils de répression envers leurs sociétés civiles, et ce au mépris pure et simple de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948) et de la Charte africaine des élections, de la gouvernance et de la démocratie (2007) qu’ils ont pour la plupart signées ou ratifiées.

Pour ne pas respecter les principes de l’État de droit, ces régimes disposent d’un large arsenal répressif : intimidations continuelles sur les activistes, interdictions et répressions de manifestations pacifiques, arrestations violentes et détentions arbitraires de défenseur(e)s des droits humains par les services de sécurité, fermeture de médias d’opposition, détournements ciblés de la lutte antiterroriste contre les contestataires ou encore coupures prolongées d’Internet. Les jeunes, avides de changement et fortement mobilisés depuis plusieurs années, sont ceux qui payent le prix fort dans l’usage de ces méthodes répressives.

Mais les dirigeants autoritaires ne doutent de rien ! Au Sommet d’Addis-Abeba de janvier 2017, les chefs d’État et de gouvernement africains ont consacré 2017 comme l’année de la jeunesse sur laquelle ils appellent à investir pour « tirer pleinement profit des dividendes démographiques ». En 2015, 60% des Africains avaient moins de 25 ans et entre 2015 et 2050, la jeunesse en Afrique va doubler et devenir dix fois plus nombreuse que la jeunesse européenne.

Si les chiffres impressionnent, l’UA ne peut se contenter de traiter de la jeunesse sous l’unique angle de l’explosion démographique. Il est grand temps qu’elle s’y intéresse au plan politique car cette jeunesse est traversée par l’envie de devenir un acteur à part entière de la vie politique, sociale, culturelle et économique de leur pays. Avec frustration, elle constate que la moyenne d’âge de la population africaine est de 20 ans alors celle des chefs d’État du continent est de 66 ans.

Alors, pour s’approprier ses droits civils et politiques et s’assurer une véritable participation démocratique, la jeunesse en colère crée des mouvements citoyens (entre autres, "Y en A Marre" [Sénégal], "Filimbi" [RD Congo] ou encore "Balai Citoyen" [Burkina Faso]), organise des manifestations, s’allie aux diasporas africaines dans le reste du monde… Face à la répression sanglante, elle résiste ! Face à l’acharnement des autocrates, elle conteste et manifeste pour essayer de faire prévaloir les changements démocratiques ! Tout cela dans un contexte de détérioration des conditions économiques et de menaces sécuritaires grandissantes.

Au-delà des apparats marketing, que fait concrètement l’Union Africaine pour faire entrer dans les arènes politiques nationales cette catégorie démographique exclue ou sous-représentée ? Pas grand-chose. Il y a bien le cadre stratégique formel de la Charte africaine pour la jeunesse (2006) qui prévoit de renforcer le rôle des jeunes à la fois dans la société et dans les instances politiques aux niveaux nationaux, régionaux et continentaux. Mais quid de son application ?

Le prochain sommet Afrique-UE qui se déroulera à Abidjan fin novembre 2017 et qui aura justement pour thème la jeunesse sera, nous l’espérons, le moment d’un réveil de la part de certains dirigeants africains. Si la démographie est une bombe à retardement, la confiscation de l’avenir de tout un pan du continent en est une autre tout aussi dangereuse. Les solutions existent pour la désamorcer. La première d’entre elles serait – et c’est aux démocrates africains et à l’Union européenne de s’y atteler – d’intégrer au sommet d’Abidjan ainsi que dans les prochains sommets à venir, les mouvements citoyens, les associations et les jeunes leaders capables de porter un regard neuf sur les enjeux politiques du continent.

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