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La Traite d’êtres humains

mercredi 14 mars 2018

« Non à l’esclavage en Libye – l’homme Noir n’est pas une marchandise ! » Ce slogan, repris de nombreuses fois sur Internet répondait à la vidéo publiée en novembre dernier par la chaîne de télévision américaine CNN montrant un marché aux esclaves Noirs en Libye.

D’après l’Index global sur l’esclavage1, 46 millions de personnes, réparties dans 167 pays, étaient en situation d’ « esclavage moderne » en 2016. 13,6 % vivent en Afrique : Mauritanie, Centrafrique, RD Congo, Somalie, Soudan, Sud-Soudan sont les pays les plus atteints par ce fléau. Ghana, Nigeria, Éthiopie ou encore Afrique du Sud sont aussi concernés par « une pratique qui prend certes plusieurs formes et impliquent différents types d’acteurs, mais dont le principe reste identique : la marchandisation de l’homme par l’homme. »2

Appel des évêques africains et européens aux leaders des deux continents réunis à Lisbonne en décembre 2007
Il y a plus de 10 ans, les évêques des deux continents lançaient un appel aux leaders politiques d’Afrique et d’Europe : « L’esclavage persiste encore aujourd’hui, avec des voies plus imperceptibles : que l’on pense à la façon dont sont traités les migrants, les travailleurs immigrés, les enfants forcés de travailler, ou les femmes et les enfants victimes de la traite des êtres humains. Si le partenariat entre l’Europe et l’Afrique est destiné à apporter la justice sociale et le développement intégral humain pour tous, nous vous demandons de faire face aux maux de ces nouvelles formes d’esclavages de notre époque. »3
Les évêques ont suggéré aux leaders africains et européens des mesures pour lutter contre les formes modernes d’esclavage, comme :
• Lutter contre la traite des êtres humains ;
• Mettre fin à l’exploitation des ressources africaines, matérielles mais aussi humaines (en particulier les évêques rappellent le problème de la “fuite des cerveaux” et du personnel médical du continent) ;
• S’investir pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement ;
• Poursuivre le bien commun et le bon gouvernement et lutter contre la corruption ;
• Reconnaître la contribution des migrants au développement des pays accueillants et au soutien des familles restées dans les pays d’origine par les sommes qu’ils leur remettent.3

Une question prioritaire pour le pape François
En juillet 2017, le pape François réclamait l’engagement de tous pour en finir avec le trafic d’êtres humains, une « plaie aberrante » et « criminelle » : « Chaque année, des milliers de femmes et d’enfants sont les victimes innocentes de l’exploitation économique ou sexuelle et du trafic d’organes », dénonce-t-il, à l’occasion de la Journée mondiale des Nations-unies contre la traite d’êtres humains. Le 7 novembre 2017, il affirme, devant le Réseau des religieuses européennes contre la traite et l’exploitation (Renate) : « Il s’agit d’un véritable crime contre l’humanité », d’une « plaie honteuse, atroce qui doit être condamnée avec encore plus de force quand elle concerne des enfants »4.

Des réactions parfois mesurées des politiques en Afrique
À la suite de la vidéo de CNN, le journal Le Monde posait alors la question de la réaction plus que mesurée de la part de dirigeants africains, quand il s’agit de ce qui se vit dans leurs propres pays : l’emprisonnement de deux militants anti-esclavagistes de Mauritanie, Moussa Biram et Abdallahi Mattalah, depuis novembre 2016, n’a pas suscité de levée de boucliers !2
Alpha Condé, président de la république de Guinée et actuel président de l’Union africaine a exprimé son indignation face au « commerce abject de migrants qui prévaut en Libye » en condamnant cette « pratique d’un autre âge ». Il a promis que l’institution panafricaine ne resterait pas les bras croisés : « L’Union africaine invite instamment les autorités libyennes à ouvrir une enquête, situer les responsabilités et traduire devant la justice les personnes incriminées. »5
Du côté du ministère sénégalais des Affaires étrangères, on a « dénoncé et condamné de la manière la plus ferme ce trafic d’êtres humains »6
Ibrahim Boubacar Keïta, chef d’État malien, s’est dit outré par ce trafic d’êtres humains, « cette barbarie qui interpelle la conscience de l’humanité »4.

Des réactions fortes d’intellectuels et d’artistes
Alpha Blondy, chanteur de reggae ivoirien, interpelle les politiques : « Messieurs les présidents, nous sommes stupéfaits par votre silence. À messieurs les présidents de l’Union africaine et à messieurs les présidents de la CEDEAO. Permettez-moi de vous interpeller pour vous dire que nous, peuples africains, qui comptions sur vous pour nous défendre et nous protéger, nous sommes surpris et stupéfaits par votre silence devant la situation révoltante, humiliante et inacceptable que vivent nos ressortissants, nos frères, nos sœurs, nos fils et nos filles vendus comme esclaves en Libye. »6
Salif Traoré, leader du groupe Magic System ressent « une humiliation pour l’Afrique ». Il déclare à l’AFP : « Il est temps que nos gouvernants s’engagent pour améliorer les conditions de vie des jeunes en Afrique en vue de les maintenir sur place, car ces jeunes fuient la misère de leurs différents pays. »
L’historienne et militante sénégalaise, Penda Mbow, s’emporte : « Je suis scandalisée, je suis choquée par ces informations qui nous parviennent des grandes chaînes de télévision internationales. On ne peut pas être en plein XXIe siècle et avoir affaire à un trafic aussi intense d’esclaves. » Puis, sur la radio sénégalaise RFM, elle lance ce cri : « Il faut absolument que nos gouvernants, que les autorités africaines réagissent à cette situation. Que chaque État aille chercher ses propres ressortissants pour les tirer des griffes de ces négriers ! »6
Journaliste et écrivain ivoirien, André Sylver Konan accuse : « Nos dirigeants d’Afrique subsaharienne qui restreignent les libertés individuelles, notamment la liberté d’expression et qui, de ce fait, étouffent les jeunes qui ont besoin d’espaces et de cadres d’expression, sans se voir arrêtés ou menacés. » 6

Mgr Ndiaye, archevêque de Dakar7
Il se dit très touché par les images de CNN : « Cela m’a fait penser à la chanson du musicien sénégalais, Ismaël Lô, qui se demande quand prendront fin les souffrances des Noirs. » Il n’occulte pas la responsabilité collective : « Il est vrai que les Noirs vivent une situation injuste mais nous devons évaluer notre degré de responsabilité. Nous n’avons pas le droit de laisser des filières d’immigration continuer d’exister alors que nous savons comment elles sont mises en œuvre. » Il appelle les jeunes à se mobiliser pour développer le pays : « Nous sommes un pays pauvre, mais il vaut mieux rester pauvre dans son pays que de subir des tortures en voulant tenter l’aventure de la migration », avant de les interpeller : « De grâce, chers jeunes, c’est nous qui allons bâtir notre pays, c’est nous qui allons le développer, ce n’est pas quelqu’un d’autre qui va le faire à notre place. »

Un trafic inhumain... mais lucratif
Pour Renate8, le trafic d’êtres humains touche 35,8 millions de personnes dans 156 pays. 70 % sont des femmes ; 35 % sont des enfants.
Dans le monde, 79 % des victimes de la traite recensées le sont pour l’exploitation sexuelle.
Terre des Hommes a recensé 6 000 cas de mineurs d’Europe de l’Est, âgés de 12 à 16 ans qui seraient exploités en Europe occidentale, dont 650 à des fins sexuelles.
Selon l’OIT9, la traite d’êtres humains générerait 135 milliards d’euros de profit dans le monde : 90 milliards pour l’exploitation sexuelle, 30 milliards pour le BTP et l’industrie, 8 pour l’agriculture et la pêche et 7 dans l’emploi à domicile. 4

Conclusion
La traite d’êtres humains n’est pas un fait du passé : elle a de multiples ramifications.
Des associations luttent contre ce trafic : informons-nous, mobilisons- nous, engageons-nous pour contribuer à l’éradication de la traite humaine.

Quelques pistes d’information :
L’empreinte de l’esclavage (anglais) : http://slaveryfootprint.org
Comité contre l’esclavage moderne :
http://www.esclavagemoderne.org
Collectif contre la traite des êtres humains (France) :
http://contrelatraite.org


1 Global Slavery Index est édité pour la 1re fois en 2013 par l’ONG Walk Free Foundation. C’est un indice qui établit la liste des pays au taux d’esclavage moderne les plus forts et les plus faibles. En 2014, la Mauritanie était en tête de ce classement avec un taux d’esclaves dans sa population de 4 %. Pour plus d’information, consultez le site de l’ONG (en anglais) :
https://www.globalslaveryindex.org/
2 Le Monde, 21 novembre 2017.
3 Agence Fides, 10 décembre 2007.
4 La Croix, 7 novembre 2017.
5 La Tribune Afrique, 18 novembre 2017.
6 Jeune Afrique, 20 novembre 2017.
7 La Croix, 27 novembre 2017.
8 Réseau des religieuses européennes contre la traite et l’exploitation. Pour plus d’information : https://renatefrance.wordpress.com/
9 Organisation internationale du travail.

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