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Koupou-Kala

mercredi 14 février 2018

Pourquoi le crabe n’avance pas droit devant lui : explication d’une curiosité anatomique qui ne devrait rien au hasard…

Koupou-Kala-le-Crabe et Kantioli-le-Rat font route ensemble à la recherche de quelque chose à manger. Au milieu du jour, ils arrivent au pied d’un palmier dont les cheveux, attendant toujours que le ciel les tresse, entouraient des amandes gonflées de chair : « Va chercher un régime d’amandes, toi qui grimpes si bien et qui a les dents si pointues », dit Koupou-Kala à Kantioli-le-Rat.
Kantioli-le-Rat grimpa, rongea le pied d’un régime et cria : « Attrape, Koupou-Kala-le-Crabe ! – Attends , dit Koupou-Kala-le-Crabe, il faut que j’aille chercher de quoi me faire un coussinet pour la tête avant de porter le régime.  » Et il s’en alla trouver Fêtt-la-Flèche qui, en ce temps-là, avait déjà le nez pointu, mais n’avait pas encore été chez Terg-le-Forgeron pour y mettre un bout de fer ; pour voler plus loin et plus haut, Fêtt-la-Flèche se mettait aussi parfois deux plumes au derrière.
« Fêtt-la-Flèche, demanda Koupou-Kala-le-Crabe, si tu vois Kantioli-le-Rat, est-ce que tu serais capable de le toucher en haut d’un très haut palmier ?
– Certainement
, répondit Fêtt-la-Flèche, que semblait indigner pareille question où perçait un doute sur sa puissance. Que mon père Khâla-l’Arc m’y envoie et tu verras !
– Nous le verrons
, fit Koupou-Kala-le-Crabe. Nous le verrons quand je dirai : allons-y ! »
Il s’en alla plus loin et rencontra Makhe-la-Termite :
« Mère Makhe, grande dévoreuse de bois mort, interrogea-t-il, si tu voyais Fêtt qui vole si vite, même sans ailes, et son père Khala, pourrais-tu leur faire un boubou d’argile avant de les avaler ?
– Sans aucun doute je le pourrai
, affirma Mère Makhe.
– Nous le verrons, quand je dirai : allons-y ! »
Koupou-Kala-le-Crabe continua sa route et croisa Sékheu-le-Coq, à qui il demanda : « Sékheu-le-Coq, toi qui réveilles le monde et remplis de terreur Mélinte-la-Fourmi, la terrible Fourmi, si tu rencontres Makhe-la-Termite, n’aurais-tu pas peur pour ton bec devant cette mangeuse de bois mort ? Oserais-tu la piquer ?
– Montre-moi une termite et tu verras
, fit simplement Sékheu-le-Coq.
– Nous le verrons quand je dirai : allons-y ! Attends-moi là », dit Koupou- Kala-le-Crabe qui s’en alla trouver Thile-le-Chacal.
« Thile-le-Chacal, lui dit-il, si tu trouvais, sur ton chemin, Sékheu-le-Coq si vaniteux, qui fait tant de bruit et empêche le monde de dormir, pourrais-tu le saisir ?
– Bien sûr !
déclara Thile-le-Chacal – Nous le verrons quand je dirai : allons-y. »
Et Koupou-Kala-le-Crabe s’en alla voir Khatj-le-Chien. « Khatj-le-Chien, peux-tu attraper Thile-le-Chacal, qui ne marche ni ne court tout droit ?
– Wawaw ! Wawaw !
(Oui ! Oui !) répondit Khatj-le-Chien.
– Nous le verrons quand je dirai : allons-y ! Viens avec moi. »
Et Koupou-Kala-le-Crabe retourna sur ses pas, accompagné de Khatj-le-Chien. En chemin, il dit à Thile-le-Chacal, à Makhe-la-Termite, à Sékheu-le-Coq, de suivre ; il prit Fêtt-la-Flèche et son père Khâla-L’Arc.
Quand ils furent tous au pied de l’arbre, au sommet duquel Kantioli-le-Rat attendait toujours, tenant son régime d’amandes de palme, Koupou-Kala-le-Crabe cria : « Allons-y ! »
Alors Khatj-le-Chien attrapa Thile-le-Chacal, Thile-le-Chacal mordit Sékheu-le-Coq, Sékheu-le-Coq piqua Makhe-la-Termite, Makhe-la-Termite entoura d’argile Khâla-l’Arc, Khâla-l’Arc lâcha Fêtt-la-Flèche, qui alla toucher Kantioli-le-Rat, et Kantioli-le-Rat laissa tomber le régime d’amandes sur Koupou-Kala-le-Crabe qui, de ce jour-là, eut le dos aplati et marche depuis vers sa main droite et vers sa main gauche, mais jamais plus droit devant lui.

Les contes d’Amadou Koumba, Biriago Diop. Éd. Présence Africaine, 1969

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