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Instrumentum laboris : le pape remet le document du Synode des évêques sur l’Afrique

jeudi 19 mars 2009

Benoît XVI a remis officiellement aux évêques africains, le 19 mars 2009 à Yaoundé, "l’Instrumentum laboris" (document de travail) du second Synode spécial sur l’Afrique qui aura lieu au Vatican du 4 au 25 octobre prochains. L’Eglise présente sur le continent noir y souhaite particulièrement « transformer la société » pour faire face « au processus organisé de destruction de l’identité africaine (…) sous prétexte de modernité ». Elle entend se mettre « au service de la réconciliation, de la justice et de la paix » sur le continent.

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Texte de l’Instrumentum laboris du second Synode spécial sur l’Afrique

Dans le stade "Amadou Ahidjo" de Yaoundé, où il a célébré la messe en fin de matinée, le pape a remis cet épais document de travail qui évoque à la fois les récents progrès du continent noir comme l’urgence de la réconciliation en Afrique. Les évêques africains y dénoncent, entre autres, la conduite de certains dirigeants politiques ayant mené leurs sociétés à la ruine, mais aussi, plus largement, la corruption ou les nombreuses violations de la dignité de la femme.

L’Église également doit résoudre ses propres contradictions

Mais les évêques reconnaissent également que les problèmes de l’Afrique « sont non seulement dans la société mais aussi dans l’Eglise elle-même ». Ils l’invitent à « résoudre ses propres contradictions ». L’Église qui est en Afrique, qui souhaite prêter sa voix aux sans-voix, réaffirme par ailleurs sa compétence en matière de résolution de conflits.

Préfacé par Mgr Nikola Eterovic, secrétaire général du Synode des évêques, ce document de travail de plus de 50 pages vise à stimuler la réflexion, susciter la discussion, accompagner et soutenir le discernement collégial des pasteurs qui seront réunis au Vatican dans 7 mois.
Cet "Instrumentum laboris" est organisé en 4 chapitres : le premier décrit particulièrement la situation actuelle de l’Eglise en Afrique. La deuxième partie recense les ouvertures et surtout les obstacles que rencontrent la société et l’Eglise sur les chemins de la réconciliation, de la justice et de la paix.
Le chapitre suivant met en avant la mission de « l’Église-Famille de Dieu », appelant les disciples du Christ à agir comme le « sel de la terre » et la « lumière du monde », en dialogue avec les autres confessions et religions. Le quatrième et dernier chapitre fait le constat de ce que l’Eglise, par ses membres et par ses institutions, a déjà mis en œuvre pour que s’instaurent la réconciliation, la justice et la paix sur le continent.

La responsabilité des forces internationales

Le document issu de la consultation des épiscopats africains souligne d’emblée la « grande soif de Dieu » présente sur le continent, confirmée par le signe paradoxal de la prolifération des sectes. Dans le regard qu’elle porte sur l’Afrique, l’Eglise dénonce alors l’égoïsme et l’appât du gain, la corruption et l’avarice, ainsi que la « soif du pouvoir ».
Le document fustige ensuite la « connivence » des hommes et des femmes du continent africain avec les forces internationales qui « exploitent cette misère du cœur humain". Celles-ci, est-il précisé, « fomentent des guerres pour écouler des armes", « soutiennent des pouvoirs politiques irrespectueux des droits humains et des principes démocratiques pour garantir en contrepartie leurs avantages économiques".

Alors que la mondialisation tend à marginaliser le continent africain, l’"Instrumentum laboris" souligne qu’il est impossible de parler des problèmes et des solutions de l’Afrique sans impliquer d’autres continents et leurs institutions économiques, financières et leur réseau d’information dont l’impact sur les sociétés africaines est considérable.
Il invite à une réflexion sur le fait que l’Afrique - l’Afrique du Sud exceptée - soit exclue de la recherche de solutions au système financier international actuel. « La défiguration de l’identité culturelle, précise par ailleurs le document du Vatican, a conduit à un déséquilibre intérieur des personnes qui se manifeste par le relâchement moral, la corruption et le matérialisme, la destruction du mariage authentique et la notion d’une famille saine, par l’oubli des personnes âgées et la négation de l’enfance".

La destruction de l’identité africaine : un « processus organisé"

S’interrogeant sur la possibilité de sauvegarder les valeurs africaines authentiques menacées par celles venues des autres continents, l’"Instrumentum laboris" déplore alors le « processus organisé de destruction de l’identité africaine (…) sous prétexte de modernité".
Invités, selon un passage évangélique, à être « sel de la terre » et « lumière du monde", les catholiques africains sont ainsi exhortés à « transformer » leur « société » et « le monde en général » par le biais de la transformation des comportements, des habitudes et des mentalités.

Transformer la société et l’Eglise en Afrique

S’il note que certaines sociétés africaines ont été conduites à la ruine par leurs propres dirigeants politiques, le document synodal relève que l’Eglise elle-même doit « résoudre ses propres contradictions". Déplorant par exemple que la femme, dans toutes les régions, continue d’être assujettie sous différentes formes (violences, domination des hommes, polygamie, prostitution, mutilation des organes génitaux), le document indique que, jusque dans l’Eglise, celles-ci « sont souvent réduites à un rang inférieur".

Le long document souligne par ailleurs que l’Eglise a servi de médiation entre parties en conflits et qu’elle a défendu et soutenu la cause des plus vulnérables de la société. Plus loin, il affirme que l’Eglise entend « prêter sa voix aux sans-voix » et que le Synode devra « faire entendre le cri des pauvres, des minorités, des femmes bafouées dans leur dignité, des marginalisés, des travailleurs mal payés, des réfugiés et des migrants.
Pour pouvoir transformer les sociétés africaines, qui ont un besoin de « réconciliation, de justice et de paix » plus urgent que jamais, les évêques qui se réuniront à Rome en octobre prochain sont invités à « découvrir une meilleure manière pour l’Eglise d’agir comme ‘sel’ et ‘lumière’ au cœur de l’Afrique, en synergie avec la société africaine et pour elle".

L’Église, famille de Dieu

En présentant l’Église comme la « famille de Dieu", le document de préparation au Synode évoque ainsi la mission de chacun : évêques, prêtres, personnes consacrées et fidèles laïcs. L’"Instrumentum laboris" termine sur le rôle des fidèles chrétiens dans la société en expliquant que « c’est par les laïcs, messagers à part entière de l’Evangile, que l’Eglise assure sa présence effective au cœur des institutions séculières". Ces institutions, est-il précisé, sont la politique, l’armée, l’économie, l’éducation, la santé, la culture, les médias et les organismes internationaux.

Le long document publié le 19 mars est le résultat des réponses des 36 Conférences épiscopales africaines et de l’Union des supérieurs généraux aux "Lineamenta" (en latin, ‘grandes lignes’) publiés en juin 2006. C’est la première fois qu’un pape vient remettre personnellement l’"Instrumentum laboris" d’un synode continental aux épiscopats locaux. (apic/imedia/lb/ami/be)

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