Association de soutien à l’Église catholique en Afrique

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Histoire de l’association Aide aux Églises d’Afrique

mardi 5 septembre 2017

Aide aux Églises d’Afrique est une association dont l’objet est « de promouvoir et de développer toutes activités "d’assistance et de bienfaisance" en faveur des Églises d’Afrique » (article 1 des statuts de mars 2000). Cette association a été fondée à Paris en 1888 sous le nom de « Société anti-esclavagiste de France » par le Cardinal Charles Lavigerie pour trouver des fonds afin de faire connaître les conditions de l’esclavage en Afrique, de « hâter la suppression de la traite et l’abolition de l’esclavage, de s’intéresser, le plus activement possible, au sort des esclaves libérés » [1].

L’Église ne condamnait pas l’esclavage

Elle demandait que les esclaves soient bien traités. Il faudra attendre le XIXe siècle et l’action de religieux comme la bienheureuse Anne-Marie Javouhey (1779-1851), et des évêques comme saint Daniel Comboni (1831-1881), Charles Lavigerie (1825-1892), pour que l’Église se prononce ouvertement contre l’esclavage. En 1839, Grégoire XVI condamne par sa lettre In supremo la traite des Noirs et le principe qui en était la prétendue justification : l’inégalité des races. Enfin, en 1888, dans l’Encyclique In pluriminis, Léon XIII condamne fermement l’esclavage.
Aujourd’hui, nous gardons cette image forte de Jean-Paul II, en février 1992, à la porte de la Maison des esclaves à Gorée ouverte sur l’Atlantique, condamnant sans appel l’esclavage et demandant pardon, au nom de l’humanité mais aussi au nom de l’Église. Depuis, plusieurs Églises (comme celle du Brésil) ont fait acte de repentance pour leur attitude vis-à-vis de l’esclavage, y compris les Églises d’Afrique en octobre 2003 : 150 évêques du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et Madagascar (Sceam), réunis à Dakar, se rendaient à Gorée demander pardon pour les Africains « qui ont vendu leurs frères » [2].

Esclave mais baptisé

En grand nombre, les esclaves de la traite négrière sont baptisés sans leur demander leur avis. Comment les chrétiens ont-ils pu accepter que d’autres chrétiens qui entraient par le baptême en communion avec Dieu ne fussent pas des hommes libres ? Si, au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières proclament les droits de l’homme, ceux-ci ne concernent pas les Noirs. Néanmoins, de nombreux hommes et femmes d’Église ont entrepris une lutte courageuse contre l’esclavage et la traite négrière, et ont fait bouger la société de leur temps. Ainsi, le Cardinal Charles Lavigerie, premier Directeur général de l’Œuvre d’Orient, devient évêque d’Alger en 1867, fonde les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, pour évangéliser l’Afrique. Par ces missionnaires, il prend la mesure de la situation inhumaine des Africains vendus comme du bétail. Il en est profondément bouleversé et va dès lors déployer une intense activité pour lutter contre ce fléau.

Le mouvement anti-esclavagiste

Une Société anti-esclavagiste, fondée en Angleterre, luttait déjà depuis 1839 contre l’esclavage, avec des résultats limités. Lavigerie prit contact avec elle et souhaita frapper plus fort. Pour interpeller l’opinion publique, il débute sa campagne par un sermon en l’église Saint-Sulpice de Paris : « Il faut soulever la colère du monde », qui provoque de nombreuses retombées dans la presse. Puis, depuis son évêché d’Alger, il va parcourir l’Europe, prêchant, prenant contact avec le plus grand nombre de chefs d’États et de gouvernements. Il fonde à Paris en 1888 la « Société anti-esclavagiste de France », après avoir fondé celle de Belgique, et en devient le premier Directeur général. [3]. Une autre verra le jour en Suisse et en Allemagne. Le but de ces œuvres : trouver des fonds pour racheter les esclaves à leur maître, afin d’en faire des hommes libres et soutenir les missionnaires, en particulier leurs œuvres sociales.

L’Église finance la lutte contre l’esclavage

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Soins donnés par le Père Balez
© Archives des Missionnaires Spiritains - Paris

La Société anti-esclavagiste de France organise un grand congrès international à Paris en 1890. Toutes les nations européennes y sont représentées. Le congrès formule le vœu que le Pape institue une quête universelle et annuelle pour les besoins de l’œuvre anti-esclavagiste. Au Vatican, on corrigea cette formule de la façon suivante : « pour les besoins des missions africaines déjà fondées ou à fonder dans les pays à esclaves » [4].
Le 20 novembre 1890, le pape Léon XIII écrit aux évêques du monde entier un Bref catholicæ ecclesiæ et les encourage à faire de la célébration de l’Épiphanie la Journée mondiale de l’Afrique. Il prescrit une quête impérée et demande qu’elle se poursuive tant que les Africains n’auront pu prendre en charge totalement par eux-mêmes leurs propres communautés ecclésiales. L’objectif est l’évangélisation : libérer pour évangéliser.
La congrégation De Propaganda Fide reçut la charge de centraliser et de répartir les Fonds recueillis. En effet, Lavigerie craignait de perdre le contrôle de l’œuvre qu’il avait lancée, et son accaparement par d’autres tendances… [5]
La première quête de l’Épiphanie en 1891 va permettre d’apporter un subside important à une expédition anti-esclavagiste au Congo organisée par Léopold II, roi de Belgique. L’objectif du cardinal Lavigerie et des Sociétés anti-esclavagistes française et belge est d’aboutir plus rapidement à la fin de la traite en s’attaquant aux routes de la traite et en protégeant les villages des razzias. Une victoire fut obtenue en 1894 contre le chef arabe du Tanganyika [6] qui mit fin au commerce d’esclaves dans cette région. Le soutien apporté par les Sociétés anti-esclavagistes resta ponctuel. Les expéditions anti-esclavagistes se sont très vite terminées car trop soumises aux considérations politiques. Elles sont d’ailleurs un exemple de cette fréquente complicité entre l’élan missionnaire et le patriotisme colonial à cette époque qu’analyse Alphonse Quenum dans son livre sur la traite atlantique [7]. Les missionnaires du Tanganyika concentrèrent leurs efforts à regrouper dans des villages de liberté les esclaves libérés et ceux rachetés. Le cardinal Lavigerie s’appuyant sur le retentissement de cette entreprise, prolongea son appel à l’opinion publique internationale pour susciter un mouvement qui entraînerait les gouvernements à prendre en main cette question d’humanité.

Le rachat des esclaves

La Société anti-esclavagiste de France va s’atteler à soutenir l’organisation de villages de liberté protégés dans des régions soumises à la traite. Pour être viables, ces villages devaient être à proximité de grandes voies de communication et bénéficier d’alimentation en eaux pour fournir travail et subsistance à un groupe important de sédentaires [8]. Par ailleurs, l’Œuvre travaille à maintenir informée l’opinion publique et à fournir une aide matérielle aux missions religieuses s’occupant des esclaves libérés. Dans son ultime lettre du 23 novembre 1892, quelques jours avant sa mort, le cardinal Lavigerie, son fondateur, demande surtout d’appuyer l’action des missionnaires en faveur de la liberté des captifs et de l’aide aux libérés.

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Batteuse pour l’agriculture
© Archives des Missionnaires Spiritains - Paris

La création de villages de liberté n’est pas sans ambiguïtés. Apparue avec les débuts de la colonisation française pour désigner des rassemblements d’esclaves abandonnés par leurs oppresseurs en fuite, l’expression est reprise par les missionnaires pour désigner certains de leurs villages de chrétiens. Ces villages sont pris en charge par l’État ou financés par la Société anti-esclavagiste de France. L’objectif des missionnaires par le rachat des esclaves, était de les éduquer, les soigner, et de créer ainsi les premières communautés chrétiennes [9].
Dans ses Instructions aux Pères de l’Afrique équatoriale, le cardinal Lavigerie écrivait en avril 1880 : « Pour le moment, contentez-vous de racheter des enfants, que vous élèverez, de racheter même les esclaves adultes, si vous en trouvez l’occasion, pour en faire vos aides, vos serviteurs et vos néophytes. Traitez-les alors avec une grande bonté, de façon à gagner leur cœur et à ce que l’on voit bien que vous les considérez comme des frères et non comme esclaves. Rappelez-vous, en effet, qu’à dater du moment où ils sont entre vos mains, l’esclavage est fini pour eux ; et si vous avez des mesures de coercition ou de châtiment à prendre à leur égard, faites-le non comme envers des esclaves, mais comme envers des enfants ou des frères dont on ne veut que le bien spirituel et temporel. » (Instr. pp. 132-133).

De nouveaux chemins d’évangélisation

L’achat d’esclaves, même dans le dessein de les libérer, ne pouvait qu’encourager la traite. L’ambiguïté de ces pratiques devient évidente et les missionnaires modifient leur approche en empêchant que des esclaves soient vendus par leur famille, leur village : lorsque c’est possible, ils payent les dettes des familles, versent la dote des épouses, interviennent dans les financement des villages. Surtout, ils travaillent à une éducation de base des populations. En témoigne une lettre de Paul Pellet, vicaire apostolique du Bénin, adressée au cardinal Préfet de la Propagande, le 18 janvier 1896 : « Ces enfants chrétiens rendus à leurs parents, restent, d’après les lois du pays, la propriété de la Mission, tant que l’argent est dû, en sorte que ces enfants ne peuvent plus être vendus quelles que soient les circonstances où puissent se trouver leurs familles. Nous préférons prendre des enfants en gage plutôt que d’acheter des esclaves, pour deux raisons :

- parce qu’il nous semble que nous entrons par là davantage dans les vues de la Société anti-esclavagiste, qui veut combattre le commerce des esclaves et l’esclavage. En achetant des esclaves, on encourage en quelque sorte la traite…

- Nous pouvons ainsi répartir sur un bien plus grand nombre de personnes les bienfaits de la Société anti-esclavagiste : la somme qui serait nécessaire pour le rachat de dix esclaves, suffit pour sauver de l’esclavage une cinquantaine de personnes prises en gage…
 » [10].
Les missionnaires commencent à mieux connaître les populations et leurs coutumes, à s’insérer et à porter dans la proximité un témoignage de Foi. Les œuvres se multiplient à côté de l’enseignement, de la catéchèse et des soins médicaux avec constamment l’idéal de la libération du continent noir et de sa conversion.
La Société anti-esclavagiste de France bénéficie pour seule ressource, de la quête pontificale de l’Épiphanie. Les bénéficiaires sont les différentes congrégations missionnaires françaises en Afrique pour leurs œuvres sociales : les Pères Blancs, les Spiritains, les Missions Africaines de Lyon, les Franciscains, les Capucins, les Jésuites, les Oblats de Marie-Immaculée, etc.
En cette période de conquête coloniale, la lutte contre l’esclavagisme est à l’arrière plan du projet d’évangéliser l’Afrique. Mais l’Église s’interroge peu sur les conditions du succès de la pénétration du christianisme. En 1909, la Société anti-esclavagiste de France lance une revue L’Afrique libre ouvrant ainsi le débat, la réflexion et les premières analyses de la pratique missionnaire sans remettre en cause l’idéal civilisateur de l’occident chrétien.

La vitalité des Églises locales

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Catéchisme en Gambie
© OPM-Missio Aachen, Photo K. H. Melters

C’est après la Seconde Guerre mondiale que la mission de l’Église est remise en cause comme transfert d’une civilisation chrétienne occidentale. L’évangélisation se fait proposition, reconnaissance du pluralisme et du dialogue. Entre temps, des Églises locales étaient nées avec les débuts d’un clergé autochtone.
En 1967, la Société anti-esclavagiste de France devient l’Aide aux Missions d’Afrique pour clarifier et actualiser l’effort des catholiques de France en officialisant ce qui était devenu sont premier rôle : soutenir la mission en Afrique. La Sacré congrégation pour l’Évangélisation des peuples le confirma en rappelant que la quête pontificale pour l’Afrique demeurait toujours nécessaire. Désormais, son directeur est également le directeur des Œuvres Pontificales Missionnaires de France. En 1992, son nom devient l’Aide aux Églises d’Afrique (AEA).
Aujourd’hui l’AEA poursuit cet effort de sensibiliser les chrétiens de France aux besoins des Églises d’Afrique, par une campagne d’information. En 2016, l’AEA a collecté plus d’un million d’euros qu’elle a redistribués aux diocèses africains (essentiellement francophones, mais aussi anglophones et lusophones) pour les besoins de ces Églises. La quête de l’Épiphanie est reversée à 220 diocèses de 28 pays d’Afrique, dont l’Afrique du Nord, Madagascar et des îles de l’océan Indien. Ces sommes permettent de soutenir des projets relativement modestes pour la formation des laïcs, des catéchistes et la croissance de petites communautés implantées parmi les paysans, les pauvres des villes et les populations abandonnées.
L’Association reçoit aussi des dons provenant de particuliers. Les sommes ainsi reçues permettent de répondre directement à des micro-projets adressées par des communautés chrétiennes d’Afrique, pour la Catéchèse (enfants, jeunes, adultes), la formation des catéchistes, la pastorale paroissiale, la construction de chapelles dans les villages ou les quasi-paroisses et les projets d’investissement capables de produire des ressources, en vue de l’autofinancement progressif des communautés chrétiennes.
Benoît XVI le rappelait aux Évêques de RDC en visite Ad limina en janvier 2006 : « Les Communautés ecclésiales vivantes, présentes en tout point de vos diocèses, reflètent bien cette évangélisation de proximité qui rend les fidèles toujours plus adultes dans leur foi, dans un esprit de fraternité évangélique selon lequel tous s’efforcent de penser ensemble les divers aspects de la vie ecclésiale, notamment la prière, l’évangélisation, l’attention aux plus pauvres et l’autofinancement des paroisses ». Et il ajoutait : « Je vous encourage à veiller avec une attention extrême à la qualité de la formation permanente des responsables de ces communautés, notamment les catéchistes. » Insistant également sur la formation des jeunes et des prêtres, il concluait ainsi : « Je rends grâce au Seigneur pour le travail généreux de tous les acteurs de l’évangélisation, parmi lesquels de nombreux missionnaires, qui ont permis l’implantation et la croissance de votre Église. Aujourd’hui, je vous engage à poursuivre courageusement l’évangélisation que vos prédécesseurs ont lancée. » [11].
Pour l’Épiphanie, l’Aide aux Églises d’Afrique renouvellera cet appel aux catholiques de France afin d’apporter sa contribution à la mission de l’Église de porter la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ au monde et de bâtir un monde plus solidaire et plus juste pour l’Afrique et ses enfants.

Pascal Legrosse,

Article paru dans le hors-série de la revue Mission de l’Église n° 154 de janvier-juin 2007

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Mission de l'Eglise, N° 154 Hors-Série de janv-juin 2007

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