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Au Burkina Faso, un appel aux catéchistes pour « évangéliser aux périphéries »

mercredi 21 juin 2017

Prêtre du diocèse de Koupèla dans l’Est du Burkina Faso, le P. Julien Kaboré est théologien.
Le 6 juin 2017, il a présenté son troisième ouvrage : « Catéchistes : évangéliser les périphéries » (Saint-Léger Éditions, préface de Mgr Gérard Defois).

d’après Urbi&Orbi Africa, 19 juin 2017





Le grand marché d’Antokpa, dans la capitale béninoise, Cotonou.
Toutes les métropoles africaines sont encerclées par des zones densément peuplées
où les populations vient dans la misère souvent totale.
Des zones à évangéliser en priorité.



U&O Africa : Pourquoi avez-vous sous-titré votre ouvrage : « Évangéliser les périphéries » ?
P. Julien Kaboré — La figure du catéchiste, telle qu’elle se dessine dans l’ouvrage, resterait inachevée si elle ne s’offrait en même temps à la contemplation de Jésus-Christ, catéchiste des périphéries par excellence. De fait, la personne, la vie et l’œuvre du catéchiste, surtout dans son rapport avec l’apostolat des périphéries, ne seraient que des concepts et des réalités inconsistants et presque absurdes s’ils ne reposaient sur la personne et l’œuvre mêmes de Jésus-Christ.
Mon livre, il est vrai, a toute l’apparence d’un roman ou d’une œuvre littéraire. En réalité, mon intention profonde n’était nullement d’écrire un roman au sens classique du terme mais plutôt d’écrire des « confessions d’un catéchiste », et donc aussi de trouver des mots pour dire Dieu et Celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ, à nos Églises, à nos sociétés et à nos cultures. En ce sens, il doit être compris moins comme une œuvre littéraire que théologique, et précisément christologique.

U&O Africa : Quel est votre message essentiel ?
P. Julien Kaboré — Les catéchistes, et plus précisément le couple catéchiste – y compris « les papas et mamans catéchistes », les catéchistes volontaires – ne sont pas des appendices sans importance dans l’œuvre d’évangélisation dans nos Églises particulières. Pour le comprendre, essayons d’imaginer un instant l’annonce de l’Évangile, telle qu’elle s’est déployée dans nos Églises avec les premiers missionnaires jusqu’à nos jours, sans leur contribution !

Un catéchiste, au Burkina Faso,
avec un groupe de mamans à la fin d’une session de formation.



Nous ne devons pas craindre d’affirmer que leur vocation et leur ministère sont un véritable charisme, un don de l’Esprit Saint pour la croissance de la communauté, visible dès les origines de l’évangélisation dans nos régions. De façon extensive, tout baptisé, tout couple dans l’Église, est vivement rappelé à la fidélité à sa mission intrinsèque de catéchistes, catéchistes des périphéries.

U&O Africa : Que signifie « évangéliser les périphéries » et comment y parvenir ?
P. Julien Kaboré — Cette expression fait partie des mots-clés du pontificat de François. Pour nous au Burkina, il ne s’agit certes pas seulement des périphéries géographiques, (les lieux éloignés de nous ou même mal famés), mais aussi et surtout des périphéries sociales, culturelles, économiques, politiques et existentielles, ces zones sombres et désolantes où notre pauvre humanité, comme la brebis égarée de l’Évangile, risque la mort… Je pense à la culture de la violence, de la mort, les caricatures de Dieu, les marchands de bonheur etc.
Ce que signifie « avancer au large et jeter les filets », les apôtres nous l’enseignent en obéissant, malgré leur perplexité, à la parole du Maître : il s’agit de renoncer au théorème du « On a toujours fait comme ça » et de sortir de « chez-soi », de nos commodités, de notre « zone de confort », pour inventer, dans l’obéissance à l’Esprit Créateur, des chemins nouveaux. Il ne faut donc pas penser que cette instruction est nouvelle. Elle remonte au Christ Jésus lui-même, et nous gagnerons tous à la prendre très au sérieux.

U&O Africa : Que sont les périphéries au Burkina ?
P. Julien Kaboré — Dans la présentation du livre, le P. Jean-Baptiste Sanou, professeur de philosophie au Burkina, en cite quelques-unes. Même dans nos sociétés où sont prégnantes les croyances religieuses, il y a la tentation de réduire Dieu à son nom, lequel apparaît régulièrement et quotidiennement dans de nombreuses expressions courantes telles les salutations et les bénédictions d’usage. Beaucoup prononcent machinalement le nom de Dieu sans pour autant penser nécessairement à l’être divin qu’il désigne et sans se soucier de conformer leur existence à sa volonté et de se laisser transformer par la grâce divine.
Dans ces sociétés, il n’est malheureusement pas rare de découvrir que Dieu n’échappe pas à la caricature. Certains le représentent comme un Dieu magicien, fonctionnaire des besoins humains. On y découvre même des caricatures de Dieu pour le moins blasphématoires : qu’on songe à la caricature d’un Dieu violent dont le nom est triomphalement proclamé par certains terroristes, convaincus de détruire des vies humaines en son nom et pour sa gloire. Qu’on songe également à la caricature d’un Dieu dont on évoque ou invoque la souveraine volonté pour justifier la résignation et la médiocrité de l’homme.
Qu’on songe enfin à la caricature d’un Dieu triomphaliste qui détruirait proprement et totalement le mal ici-bas et empêcherait l’homme de souffrir en lui assurant la prospérité matérielle. C’est du moins ce que prêchent les hérauts de l’Évangile de la prospérité dont les adeptes sont de plus en plus nombreux, y compris parmi les fidèles catholiques.

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